13 juin 2008
Mais qui parle de revalorisation des formations pro?
Qu'est-ce que c'est que cette blague? C'est un des mensonges récurrents de la classe politique française. Nous allons revaloriser les filières professionnelles. Tu parles!
Je viens juste de prendre connaissance du billet de Shakti où elle raconte comment on "oriente" les collégiens. C'est simple: t'en as marre de l'école, t'as un projet professionnel, mais comme t'es brave et que tu viens encore en cours sans agresser tes profs, ben t'iras pas en lycée pro. Parce que quand même, hein, le lycée pro, c'est pour les branleurs agressifs à moitié déscolarisés, tu vaux quand même mieux que ça; tu dois continuer en filière générale...
Apprendre un métier, c'est pour les cas soc' et vouloir apprendre un métier, c'est une preuve d'intelligence et les gens intelligents vont en Général. Point barre.
Il y a des académies où on raisonne comme ça. Il y a des inspecteurs généraux qui pleurnichent à longueur de rapports d'évaluation de l'enseignement français parce que les familles manquent d'ambition. Qu'est-ce qu'elles ont fait ces familles indignes? elles ont envoyé leur rejeton en CAP! La honte!! Un diplôme de niveau V alors qu'on veut 80% d'une classe d'âge au bac et 50% en bac+2. Le CAP, c'est pour les débiles, mettez-vous ça dans le crâne, c'est mon IPR qui me l'a dit.
Et bien, chers décideurs, je vous somme de faire installer votre éléctricité par ces CAP que vous aurez vous-mêmes orientés, de manger le pain fait par un fou qui aura pris la place de quelqu'un qui voulait faire boulangerie mais qu'on aura envoyé en général. Et qui se retrouvera au chômage.
Et c'est en région parisienne que ça se passe. Douze millions d'habitants. Douze millions de consommateurs d'électricité et de pain. Mais on ne trouve plus de bon ouvrier ni de bon pain à Paris. Ou si rarement...
Commentaires
Je crois que tout est dit, sauf que l'on peut en dire autant de toute les académies, et que c'est je pense un enjeu majeur.
Exerçant en LP, je dis Bravo Bravo !
Le LP, c'est un lieu de vie, dapprentissage, au même titre que le LEGT. Et si mes élèves sont souvent épuisants, je suis toujours super fier d'eux !
Vécu. Par quelques-un de mes amis. Dont un,excellent élève de troisième, que le collège avait refusé d'envoyer faire son CAP boulangerie alors que c'était sa vocation depuis tout petit. Non-non-non, il devait faire bac S mention bien et aller en prépa pour faire une grande école ou alors "faire médecine"... Quand on a 15 ans, on comprends pas toujours. Surtout quand d'autres, fouteurs de bordel, sont envoyés contre leur gré là où vous avez toujours souhaité aller.
J'ai bien sûr donné mon sentiment sur la question à ma chef, mais, fataliste, elle nous conseille fortement de faire des "projets innovants" afin de, nous-mêmes au sein du collège, motiver les jeunes qui n'auront pas eu leur affectation en LP à rester zen. Mais bien sûr. Et pendant ce temps, les petits merdeux qui nous ont littéralement cassé les pieds toute l'année, sont prioritaires sur les listes pour les DP 6 heures.
Un d'mes p'tits gars...
... passionné de voitures anciennes, trouve un patron spécialisé dans ce domaine, veut s'inscrire dans le CAP adéquat : ah ben non, tu as un meilleur niveau que "ça", tu iras en 2de générale !
Il arrive donc chez moi, en 2de, ne comprenant pas trop comment il se trouvait là, mais bien décidé à ne pas y rester. Pas bête, décide donc de ne rien faire pour ne surtout pas être obligé de passer en 1re !
A l'issue de la 2GT, l'était pas prioritaire pour les inscriptions en série pro. Il a bien failli devoir redoubler sa 2GT avant de pouvoir ENFIN là où il voulait aller DEPUIS LE DEBUT ! Comment perdre un an, voire deux...
On marche sur la tête...
Cela fait au moins 5 ans que les principaux des collèges ont reçu un "ordre" écrit de la part du ministère de l'EN d'envoyer 80% des élèves de 3ème en seconde (générale ou au pire technilogique). 80% d'une classe d'âge, en soit c'était contestable mais au moins, c'était un objectif, mais là, c'est 80% des orientations de élèves de 3e!... Ce qu'ils deviennet, on s'en fout et on sait trés bien qu'un bon tier va droit au mur. Au mieux ils iront jusqu'au bas en 4 ou 5 ans (et viendront grossir le nombre de ceux qui arrêtent en fac : et ce n'est pas la fac qui est en cause mais l'orientation préalable). Au pire, il arrêtent sans rien ou revienne en LP après 2 secondes, complétement démotivés...
ça fait 5 ans qu'on voit ici dans ma région !.............
Valorisation ou dévaloristion ?
Dans le cas où un élève n'a pas le niveau mais qui est "sympathique" nous le faisons redoubler, mais si il est du genre casse cou... dans ce cas direction lycée pro, dans la seule idée de s'en débarasser.
C'est plutôt la dévaloristion de la voie professionnelle.
Le discours que j'entends depuis que je suis dans mon bahut c'est "il faut absolument travailler avec des 3DP, parce que c'est le vivier sur lequel nous recrutons nos futurs bac pro". P... quand on voit le vivier, on comprend pourquoi le bac pro est dévalorisé...
J'ai eu vent d'un cas qui m'a fait frémir...
Un jeune garçon, un peu désabusé par la filière générale a choisi (si, si !) de faire un CAP de carreleur. Il a trouvé un patron qui en était ra-vi ! Tellement ravi que le brave homme, sans enfant, y voyait déjà un "héritier", tant le jeune était appliqué, sérieux, minutieux. Tant et si bien, que le jeune retrouvant de l'intérêt pour ses études, montrait des résultats scolaires brillants. A telle enseigne que les conseillers d'orientation ont tout fait pour lui faire reprendre la voie générale, et y sont parvenus.
Résultat, le brave carreleur n'a plus d'apprenti, et le jeune, au lieu de très bien gagner sa vie à l'avenir avec un métier manuel et une situation confortable et assurée, va trainer dans des filières qui le mèneront à une vie d'employé moyen où il s'épanouira bien moins, mais avec un bac...
>.<
cette mentalité est ancrée, comment la faire changer? Je me revois bataillant, voulant aller en général, faire ma fac d'histoire et me retrouver dix ans après mon bac en IRTS (institut régional de travailleurs sociaux. Et oui, j'ai pas voulu être prof,là je serais assistante sociale (ouh la vilaine!!!)
Et voir, ma petite soeur, sortie d'un bac pro bosser avant moi. Chouette.
Moi, je dis, valoriser les gamins tant qu'on peut, mais aussi les profs qui les soutiennent...
De mon temps de prof de LP, j'ai le souvenir d'avoir vu, parmi les centaines d'élèves que j'ai croisé, allez ...10 grand maximum qui étaient là par choix avec une idée en tête et la volonté d'apprendre un métier qui les intéressait.
Le problème c'est qu'ils étaient les plus désespérés de vouloir quitter le LP car malgré qu'ils y apprenaient ce qu'ils avaient choisi, ils devaient surtout se coltiner les AUTRES!
Ces pauvres glandus échoués là parce que le système doit les scolariser et qui transforment les LP en poubelles.
Alors question, si la voix professionnelle c'est pour ceux qui sont motivés par un métier manuel, on les met où les nuls?
C'est une question rhétorique, hein, cherchez pas la réponse.
Même constat que vous tous ici. Quand j'étais élève, je n'ai jamais entendu parler de voie professionnelle à part pour les idiots; une voisine a bien fait un apprentissage mais dans un CFA et aujourd'hui encore, l'alternance est réservée aux gens motivés et je la conseille à qui veut l'entendre. Jeune prof de LP, j'ai toujours entendu parler de revalorisation des filières pro, sans résultat. Mes élèves n'ont pas choisi leur voie et on décourage les bons éléments de s'y engager. C'est malheureux!
Il faudrait peut-être voir aussi la conception que peuvent avoir les "conseillers pédagogiques", certains enseignants, une bonne partie des "conseillers d'orientation" sur le filières professionnelles.
Quand on les écoute (et les journaux télévisés par exemple colportent cette vue), il n'y a de salut que pour les filières générales, "les seules qui permettent d'accéder à un métier". Comme si plombier, boulanger, menuisier, coiffeur, carreleur, peintre n'étaient pas des métiers dignes.
Car, qui, finalement envoie des jeunes dans des filières poubelles au détriment de ces métiers ? Ce n'est pas le gouvernement, mais le corps enseignant dans sa globalité.
Que faire des nuls ? Déjà si les bonnes âmes qui ont refusé de redoublement des nuls parce que c'est une sanction "inutile" contre l'élève revenaient sur cette imbécillité, et faisaient redoubler des mioches pour leur faire rattraper leur retard au lieu de le trainer toute la scolarité en ne comprenant pas pourquoi ça ne marche pas, alors les nuls seraient un peu moins nombreux, et les classes de LP un peu moins encombrées de ces mauvaises graines semées par l'institution elle-même.
Bravo pour ce billet.
Nous avons affaire à un problème culturel. L'orientation est souvent faite par des gens qui n'ont pour toute culture technologique que les romans de Zola. On n'est pas prêt d'en sortir.
A croire que les sciences techniques n'ont de sciences que le nom. En 2008, dans un pays à la pointe de la technologie, un tel manque de culture chez certains profs, ça fait peur.
Mes élèves de quatrième ont failli pour certains tomber de leur chaise - mais littéralement, à voir leur tête - le jour où, en début d'année, je leur ai parlé d'orientation. Je leur ai expliqué (pas politiquement correct) que notre école française ne valorisait qu'un type d'intelligence, mais que bien d'autres formes d'intelligence existaient. Et qu'un prof de français, par exemple, pouvait être tout couillon dans une situation qui semblerait bien bête à (au choix) un boulanger, un plombier, un maçon, un électricien.
J'ai cru que certains allaient faire une syncope quand je leur ai raconté que j'avais mis 20 longues minutes à comprendre comment on sortait un fusible de la boîte à fusibles, que je me perds régulièrement dans les restos en revenant des toilettes, bref, que je n'ai aucun sens pratique et un sens de l'orientation à faire se consumer spontanément une carte Mappy. Cela est bien sûr véridique, et j'ai pourtant la prétention d'être une bonne prof, et d'être tout à fait raisonnablement bonne dans ma partie conceptuellement parlant.
Tout ça pour encourager ceux qui ont une envie, un talent, un plaisir, à choisir sans vergogne et même -oserais-je ! - avec enthousiasme, une voie pro, parce que je sais qu'il FAUT des gens volontaires dans ces filières, m....de !!! Las, tous ceux que j'ai encouragés se retrouvent en bas de liste, après les déscolarisés.
A part par b.... de m....., je ne vois pas par quoi conclure. Mais je suis polie, je ne le ferai pas.
C'est bien culturel, et c'est profondément ancré dans nos mentalités (surtout de profs!)
Il y a peu, je regardai une émission de télé où était invitée la caissière bloggeuse archidiplômée de Lettres. Elle a mon âge et elle a entendu le même discours que moi: il faut faire des études, peu importent lesquelles. Si j'avais échoué à mon concours de prof, je serais où maintenant, sans formation?
Oui, c'est l'école qui dévalorise les voies professionnelles! Quelle absurdité d'en faire le refuge des élèves perdus.
Que faire des "nuls"? Mais "nuls" pour qui?
Robert Lamoureux :
"Remarquez, je suis tout de même sorti d'une Grande Ecole... A coup de pompes, c'est entendu..."
désorienté
Je confirme l'absurdité avec laquelle est faite l'orientation des élèves et ce depuis au moins quinze ans.
En situation d'échec scolaire dans une filière technologique,j'émets le souhait de faire un CAP de Boulanger-Pâtissier .
Logiquement,on me persuade de reprendre une filière littéraire.
Maintenant,j'ai une jolie license "en plastique" qui ne me sert strictement à rien,pas de travail et j'habite à 500 mètres d'un boulanger qui a du fermer il y a 10 ans faute de reprenneur malgré un chiffre d'affaires correct.
Cherchez l'erreur...
Et en plus vous saviez très jeune ce que vous vouliez faire (ce qui n'est pas le cas de tout le monde)! quel dommage... Il existe des écoles qui forment les adultes en peu de temps. la liste est ici: http://www.boulangerie-patisserie.net/formation-boulangerie.php
Dans une autre vie, je serai pâtissière...
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