30 novembre 2007
J'ai juste rendu les copies...
Nous sommes en fin de trimestre, et comme deux semaines de cours ont sauté à cause des grèves, on court tous après les notes. J'ai donc fait le dernier contrôle cette semaine et, comme d'habitude, certains élèves ont recopié les bêtises qu'ont écrites leur voisin. Dans ces cas, j'enlève des points aux deux (c'est ça, la solidarité!)
La triche la plus drôle a consisté à commenter un schéma qui n'a pas été réalisé par l'élève qui a tout simplement recopié les conclusions du voisin...
Fin de semaine, fin de journée; je récupère ma classe passablement excitée. Je commence la distribution des notes. Deux élèves qui ont déjà récupéré leurs copies se chamaillent (se chipent leurs copies, les déchirent, se battent...) Je leur dis de sortir. Pendant que j'écris le mot d'exclusion pour le CPE, il y en a un qui se lève, se plante à côté de moi et me demande:
Explique-moi pourquoi tu m'as enlevé deux points
Vazy tu vas me répondre
Avant de rajouter son nom sur le billet d'exclusion, je lui signale quand même qu'il n'a pas à me tutoyer.
C'est alors que l'agité du bocal de la classe arrive. En retard. Je lui demande s'il a un mot d'excuse. Non. C'est pas grave, tu vas accompagner les exclus et tu en profiteras pour me ramener un mot.
La petite troupe sort, suivie de trois autres élèves qui trouvent certainement que la vie est plus belle loin de moi. A peine ai-je repris mon souffle que deux absentéistes chroniques se lèvent à leur tour, brandissent leur carnet de liaison et me prennent littéralement le chou en piaillant qu'ils ont justifié leurs absences et que je n'ai pas le droit de leur mettre zéro. C'est bête ça, parce que j'ai vérifié toutes vos absences et que certaines n'étaient pas justifiées...
Et là, qu'est-ce qu'ils font? Ils sortent à leur tour!
Puis revient l'agité de la classe, sans mot du CPE, évidemment... Il n'a visiblement pas été accompagner ses camarades, ce qu'il confirme en me lançant Vous croyez que je suis pitbull ou quoi?
Je luis souhaite quand même un bon weekend.
Et voilà comment aujourd'hui en un quart d'heure j'ai perdu la moitié de ma classe...
29 novembre 2007
Le quotidien dans mon bahut de fous
Ma classe d'abrutis est toujours aussi abrutie; je leur ai passé un film et personne n'a suivi, ils bavardaient tous, levaient de temps à autre les yeux vers l'écran quand un personnage poussait des cris, riait ou se faisait lutiner. Il y avait aussi des scènes où les gens applaudissaient, et mes élèves faisaient de même sans même comprendre pourquoi.
Je suis déçue. En même temps, ils ont exactement le même comportement lorsque c'est le prof qui s'agite devant eux: ils sont là sans être là, captent vaguement le sujet du cours, mais en loupent tous les détails et les subtilités. Ils n'ont donc pas pu apprécier les jeux de mots de ce film, Ridicule (dont c'est quand même le fondement) alors que d'autres classes, pourtant plus jeunes, s'en étaient délectées.
Dans d'autres cours, une minorité passe son temps à se faire des blagues, piquant d'interminables crises de fou-rires, se jetant des boulettes en papier, hurlent à faire trembler les murs. J'ai supporté ça un trimestre et maintenant, je vire. Quelle différence! C'est calme, je peux enfin faire cours et donner des explications, alors que jusqu'à maintenant, mon seul but était de les assommer d'activités (recopiage, coloriage, exercices) afin de canaliser cette minorité bruyante. Les rapports écrits lors des derniers mois n'ont eu aucune incidence (le CPE s'est certainement contenté de leur dire c'est pas bien! tout en leur donnant l'absolution contre la promesse de ne pas recommencer...)
Les élèves exclus se sont présentés à mon cours l'heure suivante, en se tordant de rire.
- Le CPE il a dit qu'on pouvait retourner en cours
- Et bien moi je dis non.
Je ne dois pas être la seule à être découragée par le laxisme ambiant et à trouver dans l'exclusion de cours le seul remède pour pouvoir travailler: il y a en ce moment quantités d'élèves qui traînent dans les couloirs, dans la cour, devant les bureaux de l'administration...
Dans ma classe où je n'ai plus que la moitié des élèves qui vient, je rame pour les faire travailler: la teigne du groupe passe son temps à s'admirer dans un miroir, d'autres dorment sur leur table, écoutent de la musique, s'envoient des SMS... j'ai une moyenne générale de 06/20. Et le même problème se pose pour beaucoup d'autres classes dans l'établissement.
L'académie répugne à radier les élèves absentéistes. Mais en ne faisant rien, on casse la dynamique de travail de toute une classe.
Pourquoi tant de gâchis?
26 novembre 2007
LP, sorties sans diplôme: 70%
Il y a en ce moment des bruits qui circulent, de plus en plus inquiétants car de plus en plus précis, sur une rapide généralisation du bac professionnel en trois ans (au lieu de 2 ans pour le BEP, puis 2 ans pour le bac).
Je n'ai rien contre le fait de pouvoir passer ce bac en trois ans: certains élèves en ont tout à fait les capacités et la volonté; inutile de les rendre aussi neu-neu que le gros des troupes en leur infligeant à longueur d'années des exercices trop faciles pour eux.
Le problème se pose pour le gros des troupes...
Dans mon établissement, par exemple:
Taux de réussite au BEP: 50 à 80% selon les classes. Moyenne autour de 60%
Taux de réussite au BacPro: 40 à 70% selon les classes. Moyenne autour de 50%
Vous voyez un peu le niveau?
Et maintenant, on va dire à ces élèves: vous devez réussir votre bac en trois ans! (en étant plus nombreux par classe) et on ne sait pas trop si le BEP existe encore...
C'est une catastrophe!
On savait depuis longtemps qu'une réforme se préparait, mais on croyait que cela aboutirait plutôt à une redéfinition des référentiels et des spécialités. Parce que continuer à mettre sur le marché des secrétaires qui font cinq fautes par ligne et des comptables qui ne savent pas convertir "1/4" en "pour cent", ça discrédite un peu l'intitulé du diplôme... un peu, hein...
Ça me dégoûte.
Mais pourquoi croire encore en une réforme efficace? Que ce soit pour l'école primaire, le collège, le lycée? que ce soit pour l'inspection, le rôle des chefs d'établissements? Rendre le métier évolutif, récompenser ceux qui s'impliquent, reconnaître les efforts et les difficultés? Tout ce qui intéresse le pouvoir politique, c'est: MOINS DE FONCTIONNAIRES, DÉPENSER MOINS D'ARGENT, FAIRE DES ÉCONOMIES.
23 novembre 2007
Les sanctions du curé
Le curé de l'établissement poursuit sa politique d'une rare efficacité:
- oh mais le pauvre petit, il a des soucis en ce moment
- mais si on appelle les parents, ils vont le frapper (la dernière fois que j'ai vu l'élève en question avec sa mère, c'était presque l'inverse!)
- il ne faut pas interférer avec mes décisions en convoquant les parents de votre côté
- un avertissement solennel devrait suffire
- mais l'exclusion de cours est déjà une sanction suffisante
- j'ai parlé à l'élève et je pense qu'il a compris où était son intérêt
- je vous ai trouvée cinglante avec les élèves (c'est toujours la faute du prof ce qui lui arrive)
20 novembre 2007
Elève poète

17 novembre 2007
Grèves
Comme toujours lorsqu'il y a une grève dans les transports (même peu suivie), les élèves restent chez eux. Cette fois-ci, c'est justifié: il est effectivement très difficile de se déplacer. Hier, il a même fallu que je rentre chez moi à pieds, soit une heure de marche.
Depuis le début de la grève, j'ai fait deux heures de cours, avec la seule classe où il y a encore un peu de monde (une petite dizaine d'élèves. Un record!) Ailleurs, ce sont deux élèves par-ci, trois élèves par-là, qui n'ont absolument aucune envie de travailler, ni même d'aller surfer sur internet.
Ce que je ne comprends pas, ce sont les chiffres de grévistes qu'on nous donne aux infos. Entre 20 et 35% de grévistes à la RATP. Ah bon?? Mais où sont les 65 à 80% de non-grévistes alors? Sur pas mal de lignes, il n'y avait qu'une rame pour chaque direction, voire aucune. En rentrant à pied, je n'ai vu aucun bus.
A part ça, les conditions de travail au bahut se dégradent à vue d'œil du fait des travaux: l'accès à ma salle est bloqué, ça scie, perce et cogne dans tous les coins, le bruit est à la longue tout simplement insupportable. J'ai d'ailleurs fait cours avec des boules Quiès enfoncées dans les oreilles, histoire de filtrer quelques fréquences. Je n'ai pas l'impression que tout ça affole la direction. Tout va très bien...
14 novembre 2007
J -9 avant le début des mutations
Je suis plus que prête!
C'est certainement ce qui me motive encore pour terminer cette année scolaire: la certitude de pouvoir quitter le bahut, la région... J'ai entre 500 et 600 points pour gagner une académie qui nécessite entre 200 et 300 points. Quant au poste que j'aurai une fois là-bas: on verra bien. Je me prépare à tout et j'espère que j'aurai un peu de chance.
C'est quand même formidable, internet. Grâce à ça, j'ai pu avoir une petite idée des conditions de travail dans les autres académies, les taux de réussite lycée par lycée, les localiser géographiquement, obtenir leur n° de téléphone, les formations proposées, j'ai également pu trouver la liste des postes spécifiques, connaître le nombre de points nécessaires pour obtenir telle ou telle zone... alors qu'avant, il fallait se fier à des informations très incomplètes de collègues syndicalistes (ah, le lycée Léonid Brejnev il paraît que c'est pas mal...)
Tenir encore six bons mois. Je n'ai plus envie. Plus envie de ces classes-garderie, où seuls 5 à 10 élèves travaillent sérieusement. Plus envie de croiser des "amis de dix ans" qui ne me disent plus bonjour. Plus envie de courir après les manuels qui disparaissent ou le papier pour la photocopieuse.
Ce que ça va être long!
Et qu'est-ce que je m'emmerde en attendant. J'aimerais tellement pouvoir travailler dans des conditions acceptables, retrouver ma motivation...
12 novembre 2007
Je me marre
Premier objet de rigolade: la MGEN. Bon, ça ne fait que dix ans que je suis dans le département, et là je reçois une lettre de ma MGEN, celle que j'appelle pour le E111, l'attestation vitale, la carte d'assurance maladie européenne, celle qui rembourse mon dentiste, mon généraliste et mes spé depuis dix ans, et dans cette lettre elle me dit "Nous ne pouvons accéder à votre demande de remboursement; adressez-vous à votre centre de Sécurité Sociale".
Ah? J'ai été rayée de la liste des fonctionnaires ou quoi?
J'appelle. Après avoir dû sélectionner les touches *, 3 puis 2, je raconte:
- Allô? Ma MGEN? Pouvez-vous me dire quel est mon centre de Sécurité sociale? Mon n° de Sécu est le XXXXXXX
La dame pianote sur son ordi:
- Vous êtes bien Mme ProfAnonyme? (long silence) euh... pouvez-vous me lire le courrier que vous avez reçu?
Bref, je résume: mon dossier est resté dans mon département de stage et personne n'a rien remarqué. Et maintenant, on va m'envoyer un dossier de mutation, alors qu'il s'agit toujours de la même académie.
- C'est logique, non, Madame ProfAnonyme?
- Si vous le dites...
Moins drôle, mais j'ai décidé de prendre les choses à la rigolade: boucan-travaux-déménagement au bahut. Avec en prime des ouvriers qui se trompent de chemin et ouvrent ma porte en plein cours. Et c'est pas rien en ce moment: perceuse, coups de pioche dans la salle juste à côté de la mienne. Même les élèves n'arrivent plus à bavarder! C'est pas des conditions de travail, qu'ils me disent.
Et c'est aujourd'hui qu'un élève me demande de faire de vrais cours (des cours magistraux, ndt)
Et carrément jouissif: j'ai réussi à virer le bandeau Gogole en haut de mon blog! Intuitivement en plus!! Première fois que je rédige du html! Il ne me reste plus qu'à m'attaquer au favicon. Il est trop moche, celui de Canalblog.
06 novembre 2007
Quels étaient vos objectifs?
C'est la question rituelle à la fin d'une inspection. La dernière fois qu'on me l'a posée, j'avais très envie de répondre "que les élèves restent assis pendant toute l'heure, qu'ils ne bavardent pas, qu'ils comprennent le texte, voire s'y intéressent, qu'ils réfléchissent..." Mais à la place, j'ai répondu dans la novlangue des pédagogols: "distinguer le sous-entendu de l'implicite, le raisonnement inductif du déductif, étudier les modalisateurs..."
J'ai du mal avec les termes techniques qu'on nous impose dans les programmes de Français. Alors que nos élèves ne comprennent pas le quart du vocabulaire d'un article de la presse grand public, on nous demande de leur inculquer des termes issus de la linguistique et de la stylistique, d'analyser des procédés d'écriture (ce que moi-même je n'ai appris qu'à l'IUFM), de réinventer eux-mêmes des concepts extrêmement abstraits. En Histoire-Géographie, ils doivent pouvoir saisir la complexité d'un événement ou d'une notion juste en lisant (mal) deux ou trois documents.
Car l'élève doit être acteur de sa formation. Et moi, le prof, je dois avoir confiance en leur intelligence.
Quelque part, ce n'est pas totalement absurde de les confronter à des "problématiques"; ça peut permettre de susciter un peu d'intérêt. Le problème, c'est qu'il y a trop d'élèves qui ont une maîtrise insuffisante du Français et qui ne comprennent pas les textes proposés à l'étude, ou les questions censées les guider dans leur réflexion. Ils sont donc incapables de synthétiser par eux-mêmes les bribes de savoirs travaillées en cours. Lorsque je donne moi-même cette synthèse, ils ne la reliront pas et ne l'apprendront pas. Trop compliqué tout ça! (vous utilisez des mots bizarres, m'dam')
Trouver des documents à la portée de mes élèves est très difficile. Je n'ai pas connaissance de textes/ sources sur le totalitarisme ou le modèle de la ville américaine formulé en langage "simple". Je n'ai pas de version simplifiée de l'appel du 18 juin non plus.
Et puis l'hypothético-inductif, ça ne convient pas à tout le monde.
Mais allez expliquer tout ça à un inspecteur! Il vous accusera de prendre les élèves pour des demeurés.
Quand est-ce que ça change?
Quand est-ce qu'on arrête de nous imposer des méthodes absurdes, des programmes d'universitaires à des élèves de LP, des inspecteurs je-sais-tout incapables de se rendre à l'évidence? Quand est-ce qu'on s'occupe vraiment de ce que les élèves retiennent ou apprennent? Quand nos salaires arrêteront-ils de dépendre de notre soumission aux dernières modes pédagogiques?
02 novembre 2007
Pulsions
Ce matin, en prenant mon Seroplex et en constatant avec quelle rapidité il avait changé ma manière de percevoir certaines choses, je me suis mise à imaginer des menus pour élèves avec quelques molécules bien choisies... hé hé hé... Les dictatures du futur n'auront plus rien à voir avec celles que nous avons connues.
Puis en me promenant dans les rues du Marais et en voyant les écriteaux aux vitrines "cherchons vendeuse en CDI", je me suis imaginée donnant ma lettre de démission à mon chef pour qu'il la transmette à qui de droit. J'aimerais faire ça un jour, juste pour voir la tête que feraient les autres. En voyant les prix des fringues dans ce quartier, je me suis dit qu'il me faudrait un autre boulot que vendeuse quand même.
Deuxième étage du BHV. Comme ce sont les vacances et que les gens ne savent pas quoi faire d'autre -comme moi- ils se promènent dans les rayons des grands magasins, avec conjoint et mômes... Je passe devant des couteaux de cuisine et j'ai une furieuse envie d'en planter un dans le premier venu.
Et dire que dans moins d'une semaine, on reprend...

